Jamais sans ma fille, Betty Mahmoody

Publié le par L'Emile

Titre original : Not without my daughter   [1987]

Genre : autobiographie

D'où sort-il ? Après avoir lu Vendues! , j'avais pour projet de le lire et en tombant sur la PAL de Mélusine qui proposait des lectures communes je me suis lancée.

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RESUME : Dans l'avion qui l'emmène à Téhéran pour deux semaines de vacances avec sa petite fille Mathob, Betty Mahmoody se dit qu'elle vient de commettre une terrible erreur. Mais il est trop tard. Dès son arrivée, son mari, iranien d'origine, se transforme en musulman fanatique. Humiliée, battue, prisonnière, elle va lutter pendant deux ans avec la force du désespoir pour rentrer chez elle, aux Etats-Unis. A ceux qui lui proposent de s'enfuir seule, elle crie jusqu'à la liberté : "Jamais sans ma fille !" Cette terrifiante histoire vraie est aussi la leçon de courage d'une femme devenue héroïne malgré elle.

 

 

 

MON AVIS SUR CE LIVRE : Dès les premières pages, on sait ce qui va arriver : le mari de Betty, Moody, lui propose de cacher leurs passports américains car c'est bien connu, en Iran, les Américains ne sont pas les bienvenus. Comme par hasard, c'est Moody qui les prend puis les confie à un homme de sa famille, qui affirme les mettre en lieu sûr. Voilà, dès les 20 premières pages, Betty n'est plus en possession de son passport.

 

Ensuite, assez rapidement, toutes les promesses de Moody volent en éclat : il avait juré que Betty n'aurait pas à porter le tchador ni une longue robe de couleur sombre dans la rue, et pourtant elle y est contrainte. Il avait juré que Betty n'aurait pas à se couvrir les cheveux à l'intérieur de la maison dans laquelle ils logent, et pourtant elle y est contrainte.

 

Page 107, je n'en peux plus, je dois faire une pause, prendre un autre livre tant les mots (et maux) de Betty me donnent envie de vomir. (Heureusement que j'ai commencé cette lecture assez tôt, pour arriver au bout le 30 juin, car je sens que des pauses, il va y en avoir plus d'une).

" Absolument ! Je l'ai traité de menteur. Et tu en es un aussi. Tous les deux vous passez votre temps à raconter des histoires...

Mon éclat de colère est coupé net par le terrible coup de poing de Moody. Il m'a touchée en plein visage du côté droit. Je reste un moment sans réaction, trop sonnée pour ressentir la douleur. J'entrevois Mammal et Nasserine qui entrent dans la pièce, curieux de l'incident. J'entends les hurlements terrifiés de ma fille. Et les malédictions enragées de Moody. Et puis la pièce se met à tourner devant mes yeux. Je trébuche jusqu'à la chambre à coucher, le seul refuge, dans l'idée de m'y enfermer jusqu'à ce que la colère de Moody se calme. Mathob me suit en pleurant. J'atteins la chambre, la petite sur mes talons, mais Moody est déjà derrière moi. Ma fille essaie de se glisser entre nous pour nous séparer, il la repousse si violemment qu'elle va valdinguer contre le mur, en hurlant de douleur. Et comme je tente de me précipiter vers elle, Moody me flanque sur le lit d'une bourrade.

Je me mets à crier : "Au secours, Mammal, aide-moi !" La main droite de Moody attrape mes cheveux et de l'autre il me martèle le visage, Mathob court à nouveau à mon secours, et à nouveau, il l'envoie valdinguer. J'essaie de m'accrocher à lui, mais il est trop fort pour moi. Il me gifle à pleine main, fou de rage :

- Je vais te tuer... Je vais te tuer !

Je lui donne un coup de pied, j'arrive à me dégager un peu de son emprise pour ramper plus loin. Mais il s'acharne sur mpon dos à coups de pied vicieux. Une douleur fulgurante me paralyse la colonne vertébrale. [...] D'un poing, il me frappe sans discontinuer, de l'autre main il me tire par les cheveux. Une gifle après l'autre, et les injures pleuvent. Il ne cesse de répéter "Je vais te tuer ! Je vais te tuer !" J'ai beau appeler au secours, ni Mammal ni sa femme n'interviennent. Pas plus que Reza ou Essey, qui m'entendent forcément à l'étage au-dessous.

Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Il frappe. Je suis tombée dans une inconscience proche de la mort qu'il me souhaitait."      (pp. 103-104)

L'extrait est plutôt long, mais je ne pouvais couper une partie. Tant de violence, j'en ai littéralement pleuré ; j'avais des frissons. Je n'ai pas pu m'endormir tout de suite, après ce passage. J'ai dû me retourner au moins 2h dans mon lit avant de pouvoir trouver le repos. C'est encore plus affreux que personne n'intervient, alors qu'ils sont tous témoins de cette scène bestiale.

"Nasserine s'assied près de moi sur le lit et m'entoure de ses bras :

- Ne t'inquiète pas, tout va bien.

- Tout va bien ?

C'est le comble !

- Tout va bien quand il me tape dessus, c'est ça ? Tout va bien quand il dit qu'il va me tuer ? C'est comme ça que tout va bien pour lui ?

- Il ne va pas te tuer.

- En tout cas il était prêt à le faire. J'ai appelé au secours, tu ne m'as pas aidée ! Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu n'as pas essayé quelque chose, n'importe quoi ?

Nasserine essaye de son mieux de me faire comprendre les règles du jeu dans ce pays horrible.

- On ne peut pas intervenir. On ne peut pas aller contre "Dahejoon" [cher oncle : Moody est l'oncle de Mammal et Nasserine, la femme de Mammal].

[...]

- Nous ne pouvons pas contrarier "Dahejoon, répète Nasserine. Mais tout va bien. Tous les hommes sont comme ça.

- Non, tous les hommes ne sont pas comme ça... Je le sais.

- Mais si, dit-elle solennellement, mais si... Mammal fait pareil avec moi et Reza fait pareil avec Essey. Tous les hommes sont comme ça."            (pp. 104-105)

"Tous les hommes sont comme ça", voilà l'explication de sa non intervention. Sans commentaire....

 

Et pourtant, Betty savait (j'insiste, elle SAVAIT, et non pas elle pressentait) ce qui allait lui arriver, elle s'est même confiée à ses amis sur sa peur de ne jamais revenir. Et pourtant, elle est partie... Elle-même le reconnaît page 51 :

"Comment peut-il [son mari] dormir à côté, en toute tranquilité après ce qu'il vient de lui [leur fille de 5 ans] faire ? En ce qui me concerne c'est différent, j'avais fait mon choix, mais elle ?"

Son explicationn quant à ce voyage qu'elle redoutait est qu'elle a tenté de préserver la liberté de sa fille. Effectivement, avant de se lancer dans ce périple tragique, elle avait la possibilité de divorcer de Moody. C'était soit le suivre, soit divorcer. Malheureusement, elle savait qu'en divorçant, elle ne pourrait ôter à Moody son droit de visite et qu'il pourrait enlever sa fille et l'amener en Iran à n'importe quel moment. Pour sauver sa fille, elle a préféré partir avec elle.

 

Au bout d'un moment, on oublie presque que l'histoire est racontée à la première personne et on se sent plongé dans une fiction, alors que tout est vrai ! C'est parfois inimaginable, tant les situations nous paraissent incroyables, à nous, Occidentaux.

 

Par contre, j'ai été plutôt déçue par les coquilles que j'ai trouvées dans cette édition Fixot. 

 

 

 

POUR QUI ? Pour ceux qui ont envie de lire un document proche deVendues!, de Zana Muhsen. Les deux témoignages sont assez proches : une mère et sa fille prisonnières en Iran ou deux jeunes soeurs de 15 ans prisonnières au Yémen.  Je dirai cependant que Vendues! va peut-être encore plus loin dans l'horreur étant donné que les deux jeunes soeurs sont mariées de force à des Yéménites qu'elles n'ont jamais vus. C'est leur père qui les a vendues et s'est débarrassé d'elles.

 

 

Livre lu dans le cadre d'une lecture commune avec Mélusine. Sa critique.

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